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Une brève histoire de la chapelle des praz
Tout commence avec un voeu. Nous sommes un peu avant le début de la seconde guerre, et le village des Praz vit paisiblement entre agriculture, pastoralisme et hôtels prestigieux, installés face au Mont-Blanc. Une chose cependant manque à l’appel : un lieu de culte et de rassemblement.
Lorsque la guerre éclate en 1939, et que la menace bien réelle de drames se met à planer sur le pays, ce qui n’était qu’un lointain souhait se mue en projet concret, alimenté par un élan d’espoir et de foi : le village des Praz érigera une chapelle pour remercier le ciel d’épargner ses enfants. C’est mon arrière-grand-père Camille Tournier, guide de son état, qui présente cette proposition à la mairie de Chamonix, au nom des habitants. Le conseil municipal l’accepte en juin 1940, et met à disposition le terrain qui se trouve à la jonction des routes, au centre des Praz, ainsi que des subventions pour aider à sa réalisation.

Les plans sont gracieusement dessinés par l’un de ses clients, André Rostagnat, architecte lyonnais et féru de montagne, par ailleurs profondément attaché à son village d’adoption (il dispose d’une résidence secondaire aux Gaudenays). Le suivi de chantier sera lui assuré par un architecte bien connu de Chamonix, Henry Chevallier.
Animé par ce projet commun et porteur d’optimisme, le comité du village lance les travaux en 1941… bien vite arrêtés par les circonstances que l’on connaît. Les fondations sont creusées, les murs en granit dessinent ce qui deviendra un jour ce lieu de recueillement emblématique de la vallée de Chamonix mais pour l’heure, on y parque des bêtes de temps à autre.


Il faudra attendre la fin de la guerre pour que les travaux reprennent pour de bon, mobilisant des artisans de la vallée, de Rhône Alpes et même de l’Italie voisine. La charpente est taillée par Michel Ravanel, d’Argentière. Les menuiseries, en chêne massif, sont fabriquées par une entreprise de Sallanches. Les ferrures et les vitraux, par des artisans lyonnais. L’aménagement intérieur commence seulement dans les années 1950, en même temps que l’artiste sculpteur Ellie Pellegrin, récemment installé dans le village, prend la présidence du comité de la chapelle.
Il réalisera entre autres la superbe vierge en grès des Baux de Provence, qui se trouve au-dessus de la porte d’entrée. L’autel, voulu sobre et dépouillé pour s’accorder à l’architecture simple du reste du bâtiment, sera lui taillé dans un bloc de granit de Combloux, par un artisan italien.

Malgré l’aide attribuée par la mairie de Chamonix à la genèse du projet, sa réussite tient surtout à la générosité de la communauté. C’est grâce à des kermesses, des dons et les quêtes en fin de messe que le village réussira à rassembler, années après années, le budget nécessaire à la finalisation de sa chapelle. Grâce, aussi, à l’investissement de certains artisans et hommes du village, donnant de leur temps ou offrant les matériaux pour réparer et entretenir la bâtisse.
Aujourd’hui, elle fait figure d’emblème. Ses pointes élancées, sa structure brute et géométrique, comme un hommage aux Drus, aux pieds desquels elle repose. Elle est, surtout, le symbole qui dit ce que fut l’âme de ce village, l’esprit combatif, solidaire et lumineux de ses habitants, qui ont su transformer une volonté collective en réalité matérielle et incarnée. Et en cela, elle porte admirablement bien son nom de chapelle votive.
Votif, adj. : du latin votivus. Qui commémore l’accomplissement d’un voeu.
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