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24h à Saint-Paul de Vence
Il y a un plaisir dans la vie auquel, à mon sens, on ne pense pas assez. C’est celui de passer seulement 24 heures dans un endroit. Un choix parfois contraint, pour des questions de temps ou de budget, mais qui, devant la joie que l’on retire de ce temps court et compté, pourrait bien devenir assumé.
En ce début de mois de Juillet, j’ai renoué avec ce fabuleux goût d’interlude en passant très exactement 24 heures à Saint-Paul de Vence. Sans surprise, j’ai kiffé. Genre, vraiment.
Pour ceux dont le nom n’évoque rien, ou alors un très vague parfum de Provence, Saint-Paul de Vence est un petit village fortifié, perché sur les hauteurs de l’arrière-pays niçois. De là-haut, on aperçoit des étendues aux courbes gracieuses, vert pin, qui s’en vont plonger jusqu’à la mer, qui s’étire au loin. Le ciel est mauve après vingt heures, et les pavés des rues se vident, pour que l’on entende mieux les martinets se poursuivre en piaillant au-dessus des toits de tuile. Mais outre cette ambiance dédale, vieilles pierres et boites aux lettres désuètes, globalement commune à tous les bourgs bien entretenus de la région PACA, ce qui fait le charme particulier de Saint-Paul de Vence, c’est son histoire entremêlée à celle des plus illustres artistes du XXe siècle.


Découvert au début des années 20 par Paul Signac, Raoul Dufy ou encore Chaïm Soutine, Saint-Paul devient rapidement une destination de premier choix pour les peintres, les sculpteurs, et même les poètes. Matisse et Picasso y viendront régulièrement, Marc Chagall y restera plus de 15 ans (on peut même visiter sa tombe, à la sortie du village), Jacques Prévert y aura une maison, charmante, à l’image de son univers, et l’écrivain américain James Baldwin y passera les dix-sept dernières années de sa vie. C’est aussi là-bas que ce sont rencontrés Yves Montand et Simone Signoret.

Mais la renommée du village prend un tour nouveau lorsqu’en 1964 est inaugurée la Fondation Maeght, première fondation privée dédiée à l’art en France. À l’origine de cet ambitieux projet, Aimé et Marguerite Maeght, couple de marchands d’art visionnaires, à l’origine entre autre de la première exposition internationale du surréalisme, réalisée en 1947 par André Breton et Marcel Duchamp, dans leur galerie parisienne. Les Maeght comptent parmi leurs proches amis des George Braque, Fernand Léger, Joan Miró… qui tous participeront à la création et à l’émergence de ce lieu unique, pensé pour expérimenter, échanger, et pour donner aux artistes un véritable espace d’expression et de ralliement. Peintres comme sculpteurs collaboreront d’ailleurs avec l’architecte pour intégrer des oeuvres au bâtiment et à la nature environnante : une fontaine, un vitrail, des mosaïques, un labyrinthe…
Profondément marqué par la présence récurrente (voire constante) d’artistes entre ses murs, Saint-Paul de Vence a conservé aujourd’hui ce caractère particulier, en comptant parmi les vitrines de ses rues étroites et pentues (et glissantes, quand on fait la queen en sandales plates) de nombreuses galeries d’art.


Mais que faire, me direz-vous, de ces 24 heures en terre Vençoise ? Pour ceux qui voudraient un peu d’inspiration, voilà ma prop’ (je précise que je suis arrivée à 13h) :
Commencer par un déjeuner en terrasse, par exemple au Tilleul (pas testé mais recommandé) ou bien au Café Timothé, dans la toute petite rue ombragée où s’alignent quelques tables. Trois pas dans le village vous plongent directement dans l’ambiance, et rien qu’une traversée en quête de votre repas vous donnera déjà un délicieux avant goût de ce qui vous attend une fois que vous serez libéré de tout programme.
Après manger, un tour à Vence, la petite ville juste au-dessus, pour aller visiter la Chapelle du Rosaire, aussi connue sous le nom de Chapelle Matisse, pour la simple et bonne raison qu’elle a été imaginée et décorée par le peintre, dans les dernières années de sa vie. Son histoire est si fascinante que j’ai décidé d’y consacrer un article à part entière. On peut aller de Saint-Paul à Vence en bus, mais si vous êtes en voiture, un petit tour sur la route à la sortie de Vence, en direction de Saint-Jeannet, vous donnera un magnifique aperçu des pré-alpes (mais à un moment il faudra faire demi-tour, pas de boucle possible pour rejoindre Saint-Paul, ce qui est fort dommage).


De retour au village, quartier libre pour explorer. Et là… c’est festival. Les galeries offrent une variété infinie de genre, de la peinture classique, impressionniste ou moderne, à l’art contemporain. Certaines évidemment, sont d’un goût plus douteux que les autres, mais ça, ce n’est que mon avis. Deux trois boutiques valent aussi le détour, comme la Maison Bisson et son ambiance cabinet de curiosités, ou Coton en Herbe, récent concept store à la sélection raffinée. Se perdre dans les rues, faire le tour des remparts, visiter le cimetière, observer les oiseaux tourner furieusement autour du clocher, manger une glace, regarder les gens jouer à la pétanque sur la place devant les remparts (pourquoi pas d’ailleurs faire une partie avec eux ?) sont autant de choix possibles pour s’occuper en attendant l’apéro, et encore, je n’ai pas tout listé.



Pour le soir, mon choix s’est porté sur le restaurant Les Remparts, une petite terrasse confidentielle en hauteur, pleine vue sur le coucher de soleil. Pas besoin d’en dire plus, du coup. On m’avait aussi conseillé un restaurant thai, Sabai Sabai, petite terrasse colorée sur la place de la mairie, qui est très mignonne.
Je ne peux que encourager à refaire une balade le long des remparts pendant l’heure bleue, parce que le ciel qui se confond avec la mer dans le fond du paysage, et l’éclat mat des pierres claires sur ce ciel d’aquarelle, c’est fabuleux.



Le lendemain matin, un café chez Selah, pour les amateurs de café de spécialité, et pourquoi pas un brunch au Café Timothé, si vous n’êtes pas pressé (ils ne servent pas avant 10h et sont plutôt chill sur le timing, mais très sympa, au demeurant). Ensuite direction la Fondation Maeght, dans laquelle vous pouvez allègrement vous perdre deux ou trois heures, profiter de son jardin, de son café, de sa beauté. Je n’ai malheureusement pas eu l’occasion de visiter la Fondation CAB, qui se trouve sur le chemin, et qui semble assez chouette aussi. Les deux peuvent, à mon sens, se faire sur la matinée / début d’après-midi (mais j’ai perdu trop de temps à bruncher, oupsi).


Voilà comment on revient de 24 heures dans un ailleurs, empli et apaisé comme si l’on était parti cinq jours. Ce qui compte le plus, c’est le temps. Le temps que l’on prend pour admirer, pour regarder, pour ne pas parler, pour le perdre à ne rien faire. Je vous souhaite des journées faites de ce temps-là.
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