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Nouvelle-Zélande : l’île du Sud en van #3
Itinéraire
Queenstown – Wanaka – Franz Josef – Punakaiki – Murchison
7 jours – 775km

Le réveil sonne tôt. C’est sans aucun regret que je quitte le camping dans lequel j’ai passé la nuit. Il m’a coûté la modique somme de 15$, pour pas d’eau potable et des wc à l’odeur qui vous passe l’envie de les utiliser. Mais pas le choix : à Queenstown, impossible de feinter et de se garer quelque part discrètement. Les règles sont strictes et les contrôles, permanents.
J’ai prévu aujourd’hui de me lancer dans la Ben Lomond track. C’est LA randonnée la plus connue de QT, qui promet un panorama époustouflant à l’arrivée. Je monte sous un ciel gris, qui étend ses plaques de nuages autour des pics alentours, et le long des serpents du lac Wakatipu, en contrebas. Je ne croise pas grand monde. À part le début du chemin, qui virevolte assez raide dans la forêt, le reste est relativement roulant et dégagé.
Ce n’est qu’une fois au pied du sommet que l’on comprend que la vue se mérite : le dernier kilomètre et demi est horriblement abrupt. Moi qui pensais être en bonne forme malgré un manque d’entraînement certain, je retire assez vite mes auto-congratulations. Je m’arrête tous les cinquante mètres reprendre mon souffle, et insulte en silence ce sommet que je vois et que je n’atteins jamais. Ma seule consolation, c’est d’être absolument époustouflée par ce que j’ai sous les yeux. À droite, une vallée de montagnes brunes aux reliefs et aux sillons si nets qu’on les croiraient dessinés au crayon. À gauche, le bleu du lac avec les derniers filaments de nuages en train de se dissiper sous la chaleur du soleil. C’est irréel.


J’atteins le pic dans un état de rougeur avancée, non sans une certaine fierté, et avec la satisfaction suprême de jouir de la vue et de l’endroit seulement dérangée par le tremblement du vent : il n’y a personne d’autre que moi. J’entame la descente quand la plateforme commence à se remplir, en choisissant un itinéraire différent de celui de l’aller. Il m’emmène dans une forêt de conifères rougeoyants et dans une épaisse rainforest au sentier invisible sans les petites balises oranges, mais ô combien agréable à déchiffrer.
Je reste l’après-midi à me reposer au soleil dans le camping d’Arrowtown, où j’ai décidé de passer la nuit. J’essaye d’alterner les nuits en campings de bon standing et les nuits en free camps, ou campings bon marché, afin de ne pas exploser mon budget. Arrowtown se révèle être un excellent choix : village paisible à quelques kilomètres de Queenstown, il repose au milieu d’un cirque de montagnes, offrant son calme verdoyant et son souffle frais aux humbles visiteurs. Je m’y sens bien.
Je retourne en ville le soir, roulant fenêtres ouvertes à travers la sublime lumière dorée de 19h, pour boire une bière avec un autre de mes amis de Wellington installé ici, L. L’ambiance de la ville est délicieuse, les terrasses pleines, le lac scintillant, le pianiste jouant ses airs sur la jetée, le stand de barbe-à-papa ne désemplissant pas. On se promène dans le parc le long de l’eau en bavardant, pile pour le coucher de soleil.

Le lendemain matin, je m’éveille dans une fraîche odeur d’été à la montagne, qui me rappelle Chamonix. Je flâne dans le village d’Arrowtown, adorable joyau vintage (ici, toutes les enseignes sont à l’ancienne, y compris celle du Night & Day, le 7/Eleven local), qui abrite un excellent torréfacteur : Wolf Coffee Roasters.
Je reprends la direction de Queenstown, toutes vitres ouvertes encore, et continue jusqu’à Glenorchy. Outre la destination, dont l’attraction principale est une petite cabane de pêcheur rouge et de belles promenades, c’est la route pour y aller qui est tout bonnement incroyable. On m’avait prévenue : tu ne feras que jurer devant la splendeur du paysage. Et c’est exactement ce qu’il se passe. La couleur de l’eau, la texture des montagnes, le jeu d’ombres et de lumière du ciel ennuagé, la ligne de fuite de la route… Tout n’est qu’une succession de fragments d’une beauté indescriptible, que je n’arrive même pas à capturer en photo, parce que je roule et que tout se passe en quelques secondes à chaque fois. J’ai du mal à croire que chaque nouvelle journée peut surpasser la précédente en émerveillement, et pourtant. Je lâche des p*tain tous les deux virages.




Je traîne un peu à Glenorchy. Mon élément préféré en sera une petite maison-bibliothèque blanche et verte, posée sur le bord de la route à la Wes Anderson. Puis je redescends passer l’après-midi à QT, entre doughnut au Nutella, café, méditation au bord du lac et lecture dans le parc. Je me surprends même à spontanément dessiner l’arbre que j’aime tant, parce que je l’aime vraiment beaucoup. Je traîne et regarde tout, j’essaye de m’imprégner. Pour finir, Queenstown m’a eue. Je n’ai pas envie de partir.


Il me faut pourtant continuer la route jusqu’à Wanaka. Après une nuit à côté du Kawarau Bridge, et de courtes heures passées à serpenter dans les gorges austères puis les plaines vinicoles du Central Otago, j’arrive dans la petite ville qui abrite le fameux Wanaka Tree, sous un vent furieux. Quelques rapides recherches me font découvrir le plus joli café du coin : Kamino. J’y passe tout mon début d’après-midi, à lire et retoucher des photos.


Malgré le vent (le truc que je déteste le plus au monde) j’entreprends une petite balade en fin de journée, histoire d’aller voir de plus près ce fameux arbre qui pousse dans l’eau. Et comme je m’y attendais, il n’a rien d’impressionnant, ni d’extraordinaire, si ce n’est qu’il est dans l’eau. Tout seul. Je suis bien plus subjuguée par les arbres qui ceinturent lac. Ils sont immenses, et se penchent tous d’un même gracieux mouvement sous les assauts du vent. Je traverse leur ligne dense, pour découvrir qu’ils encerclent un parc, lui-même abritant des arbres centenaires. Ici, plus un gramme de souffle, ni de bruit. Il y a juste le ruissellement du soleil sur les douces plaines herbues, et des cèdres, des séquoias… Leur présence m’apaise.



Sans attendre le coucher de soleil, je rentre me cuisiner quelque chose de bon. Puis je prends une longue douche en me posant des questions existentielles. La matinée pluvieuse du lendemain se résume à une lessive, la découverte d’une très belle boutique (The Workroom) que je photographie sous toutes les coutures et de longues heures dans un grand café tout en bois clair – Scroggin -, à travailler sur des articles pour ce blog, qui à l’époque n’est encore qu’un projet dans ma tête. Je profite du retour du soleil l’après-midi pour m’asseoir au bord du lac. Je regarde les petits voiliers blancs le traverser de part en part, j’écris un peu. Le soir, je m’offre le plaisir d’un bon tacos et d’une corona dans une chouette taqueria repérée la veille, en face de mon café chouchou.
Puis en repartant en direction de mon van, je tombe par hasard dans la rue (vrai de vrai) sur l’un de mes très proches amis de Wellington, E. On devait se voir ici (il habite à Wanaka depuis quelques semaines) mais un petit raté dans nos échanges de messages m’a fait penser qu’on se louperait. Quel incroyable signe du destin de nous faire quasi se rentrer dedans dans la rue, à huit heures du soir ! On n’en revient pas. On va s’asseoir pour discuter une demi-heure, on se quitte deux heures et demi plus tard. Il paraît qu’il n’y a pas de hasard, que des rendez-vous. En tout cas j’ai envie de le croire, et je suis vraiment heureuse d’avoir pu lui dire au revoir.

Le matin est pâle, balayé d’un timide soleil. Je prends mon petit-déjeuner dans le van, porte ouverte, en regardant des petits lièvres gambader sur le vaste terrain du camp où j’ai passé la nuit. Une grosse étape m’attend aujourd’hui : 280km de route, avec le passage du col du Haast, avant de remonter la côte jusqu’à la ville de Franz Josef. Maps m’indique quatre heures, mais ça peut vite monter à cinq ou six, selon.
Le début de l’itinéraire est fabuleux. Il longe le lac Hawea, qui dévoile son bleu profond entre champs clair et montagnes sombres. Pareil avec le lac Wanaka un peu plus loin. Puis peu à peu, la végétation change, s’épaissit. Je me retrouve vite entourée de collines vertigineuses, recouvertes d’une épaisse masse d’un vert profond. L’ambiance devient sauvage, mystique, et à mesure que j’avance, le ciel s’assombrit. Je fais une halte au bord de l’eau pour manger, mais rien ne se passe comme je l’avais imaginé.
Ma salade, préparée en avance au camping, a commencé à moisir. Je me fais attaquer par des hordes de sandflies, qui en profitent pour entrer dans le van alors que je rassemble mes affaires pour pique niquer sur la plage. Il pleut quand j’arrive sur la plage, et il y a toujours autant de sandflies qui me tournent autour. Je bats en retraite dans l’habitacle, finissant de manger derrière mon volant. Dans la voiture garée à côté de moi, je regarde un couple écraser frénétiquement des moucherons sur leur pare-brise. Je comprends que ce sont des sandflies. Dix minutes plus tard, je ferai la même chose, avant de reprendre la route sous une pluie battante.
Mon passage dans ce qui est communément appelé ici la région des glaciers (les glaciers Fox et Franz Josef étant, paraît-il, très beaux et visibles depuis la route) est une grosse déception. C’est en grande partie la faute de la météo. Après la tempête qui me gâche le plaisir de conduire pendant près d’une heure, elle fait s’accrocher aux versants de montagne d’épais nuages qui me masquent toute la vue. Je n’aperçois pas l’ombre d’une langue de glace. Je fais somme toute une balade autour du lac Matheson, connu pour son sublime reflet du Mont Cook, qui ce jour-là ne reflète rien du tout. Le soir, je dors à Franz Josef, dans un camping plutôt sympa, entouré de rainforest. Mais je n’aime pas l’atmosphère de la ville, ni de la région. Je me sens oppressée.


Je la quitte en faisant un stop à la lagune d’Okarito, puis j’enchaîne des longueurs de route sans grand intérêt. J’ai décidé d’avancer jusqu’à Punakaiki, ayant repéré un free camp à l’entrée du village. À mesure que je m’en approche, le ciel s’élargit, la vue se dégage et les alentours redeviennent spectaculaires. Je roule séparée de l’océan par un mètre cinquante d’herbe verte et sauvage. À ma droite, une bordure de falaises blanches. Je trouve in-extremis une place au free camp, depuis lequel j’entends le râle des vagues. Elles semblent denses et nombreuses. Je lis dans mon van, il fait chaud. Mes chevilles et mes pieds sont un champ de bataille, ils me démangent horriblement.
Je vais prendre l’air sur la plage, poser une chaise sur le sable pour profiter de la fin du jour, lire encore. Je mange. Puis je retourne au bord de l’eau pour regarder le soleil disparaître, et les douces couleurs investir le paysage. L’écume blanche, le bleu de poudre, le coton des nuages ourlés de rose, la demi-lune suspendue dans ce ciel encore clair et gourmand. La vastitude de cet endroit ouvre un abîme en moi. J’y trouve un soulagement – celui de me sentir pouvoir respirer à nouveau -, de la mélancolie, de la fatigue, l’envie que tout s’arrête, puis l’instant d’après, ce pincement qui me fait dire que tout cela va me manquer. Je suis vide de pensées.


L’attrait principal de Punakaiki, ce sont les Pancake Rocks. Des formations de roches aplaties qui sortent de l’eau et ressemblent à des piles de pancakes. Un phénomène dû à l’érosion. Je fais la promenade découverte dans le matin, avant mon petit-déjeuner. Puis je me lance dans une balade repérée la veille. Elle serpente à l’intérieur des terres, le long d’un petit chemin de forêt des plus agréables. Il le sillon brun transparent, parfois turquoise foncé, d’une rivière cristalline en contrebas. Le tour complet me prend deux bonnes heures. Elles se soldent par un café et un scone au soleil, rituel oblige. Je dois ensuite rejoindre Murchinson. Ce n’est qu’une étape pratique pour couper le trajet en deux jusqu’à mon prochain point d’intérêt : le parc Abel Tasman.
Murchinson est l’archétype même du bourg reculé qu’on pourrait trouver dans le centre des États-Unis : une supérette, une station-service, deux trois boutiques d’un autre temps. Tout y semble figé, désuet, les enseignes comme ce qu’on voit sous la poussière des vitrines. Il ne manque que le ballot d’herbes sèches qui traverserait la rue sous la brise. Pour autant, l’atmosphère n’est pas hostile. Le soleil y est sans doute pour beaucoup, et je me surprends à trouver à l’ensemble un certain charme.
L’intérêt majeur, cependant, est le camping local, qui se déploie le long d’une large et fraîche rivière. J’y trempe mes jambes un long moment, appréciant ce petit air estival qui traverse la minuscule plage. Elle est balayée de rires d’enfants et de chiens qui courent et éclaboussent. L’eau est d’une couleur de jade. Je passe toute la fin d’après-midi à la contempler depuis un fauteuil sur la terrasse, soldant le récit de cette journée dans mon carnet de bord d’un : c’est fantastique.


[Pour lire l’épisode précédent de l’aventure en van sur l’île du Sud de Nouvelle-Zélande, c’est par là !]
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