Nouvelle-Zélande : l’île du Sud en van #3


Panorama de lac depuis le camping du DOC de Queenstown

Le réveil sonne tôt. C’est sans aucun regret que je quitte le camping dans lequel j’ai passé la nuit. Il m’a coûté la modique somme de 15$, pour pas d’eau potable et des wc à l’odeur qui vous passe l’envie de les utiliser. Mais pas le choix : à Queenstown, impossible de feinter et de se garer quelque part discrètement. Les règles sont strictes et les contrôles, permanents.

Vue depuis Ben Lomond Track
Road trip Wanaka - Punakaiki
View from Ben Lomond Track
Road trip Wanaka - Punakaiki

J’atteins le pic dans un état de rougeur avancée, non sans une certaine fierté, et avec la satisfaction suprême de jouir de la vue et de l’endroit seulement dérangée par le tremblement du vent : il n’y a personne d’autre que moi. J’entame la descente quand la plateforme commence à se remplir, en choisissant un itinéraire différent de celui de l’aller. Il m’emmène dans une forêt de conifères rougeoyants et dans une épaisse rainforest au sentier invisible sans les petites balises oranges, mais ô combien agréable à déchiffrer.

Je retourne en ville le soir, roulant fenêtres ouvertes à travers la sublime lumière dorée de 19h, pour boire une bière avec un autre de mes amis de Wellington installé ici, L. L’ambiance de la ville est délicieuse, les terrasses pleines, le lac scintillant, le pianiste jouant ses airs sur la jetée, le stand de barbe-à-papa ne désemplissant pas. On se promène dans le parc le long de l’eau en bavardant, pile pour le coucher de soleil.

Center Queenstown
Road trip Wanaka - Punakaiki

Je reprends la direction de Queenstown, toutes vitres ouvertes encore, et continue jusqu’à Glenorchy. Outre la destination, dont l’attraction principale est une petite cabane de pêcheur rouge et de belles promenades, c’est la route pour y aller qui est tout bonnement incroyable. On m’avait prévenue : tu ne feras que jurer devant la splendeur du paysage. Et c’est exactement ce qu’il se passe. La couleur de l’eau, la texture des montagnes, le jeu d’ombres et de lumière du ciel ennuagé, la ligne de fuite de la route… Tout n’est qu’une succession de fragments d’une beauté indescriptible, que je n’arrive même pas à capturer en photo, parce que je roule et que tout se passe en quelques secondes à chaque fois. J’ai du mal à croire que chaque nouvelle journée peut surpasser la précédente en émerveillement, et pourtant. Je lâche des p*tain tous les deux virages.

Route vers Glenorchy
Road trip Wanaka - Punakaiki
Glenorchy road
New-Zealand
Glenorchy library
Glenorchy lagoon

Je traîne un peu à Glenorchy. Mon élément préféré en sera une petite maison-bibliothèque blanche et verte, posée sur le bord de la route à la Wes Anderson. Puis je redescends passer l’après-midi à QT, entre doughnut au Nutella, café, méditation au bord du lac et lecture dans le parc. Je me surprends même à spontanément dessiner l’arbre que j’aime tant, parce que je l’aime vraiment beaucoup. Je traîne et regarde tout, j’essaye de m’imprégner. Pour finir, Queenstown m’a eue. Je n’ai pas envie de partir.

Centre de Queenstown
Queenstown center

Kamino coffee - Wanaka
Kamino coffee - Wanaka

Malgré le vent (le truc que je déteste le plus au monde) j’entreprends une petite balade en fin de journée, histoire d’aller voir de plus près ce fameux arbre qui pousse dans l’eau. Et comme je m’y attendais, il n’a rien d’impressionnant, ni d’extraordinaire, si ce n’est qu’il est dans l’eau. Tout seul. Je suis bien plus subjuguée par les arbres qui ceinturent lac. Ils sont immenses, et se penchent tous d’un même gracieux mouvement sous les assauts du vent. Je traverse leur ligne dense, pour découvrir qu’ils encerclent un parc, lui-même abritant des arbres centenaires. Ici, plus un gramme de souffle, ni de bruit. Il y a juste le ruissellement du soleil sur les douces plaines herbues, et des cèdres, des séquoias… Leur présence m’apaise.

Wanaka lake and trees
Road trip vers Punakaiki
Trees in Wanaka
Trees in Wanaka

Road trip Wanaka - Punakaiki

Le matin est pâle, balayé d’un timide soleil. Je prends mon petit-déjeuner dans le van, porte ouverte, en regardant des petits lièvres gambader sur le vaste terrain du camp où j’ai passé la nuit. Une grosse étape m’attend aujourd’hui : 280km de route, avec le passage du col du Haast, avant de remonter la côte jusqu’à la ville de Franz Josef. Maps m’indique quatre heures, mais ça peut vite monter à cinq ou six, selon.

Le début de l’itinéraire est fabuleux. Il longe le lac Hawea, qui dévoile son bleu profond entre champs clair et montagnes sombres. Pareil avec le lac Wanaka un peu plus loin. Puis peu à peu, la végétation change, s’épaissit. Je me retrouve vite entourée de collines vertigineuses, recouvertes d’une épaisse masse d’un vert profond. L’ambiance devient sauvage, mystique, et à mesure que j’avance, le ciel s’assombrit. Je fais une halte au bord de l’eau pour manger, mais rien ne se passe comme je l’avais imaginé.
Ma salade, préparée en avance au camping, a commencé à moisir. Je me fais attaquer par des hordes de sandflies, qui en profitent pour entrer dans le van alors que je rassemble mes affaires pour pique niquer sur la plage. Il pleut quand j’arrive sur la plage, et il y a toujours autant de sandflies qui me tournent autour. Je bats en retraite dans l’habitacle, finissant de manger derrière mon volant. Dans la voiture garée à côté de moi, je regarde un couple écraser frénétiquement des moucherons sur leur pare-brise. Je comprends que ce sont des sandflies. Dix minutes plus tard, je ferai la même chose, avant de reprendre la route sous une pluie battante.

Mon passage dans ce qui est communément appelé ici la région des glaciers (les glaciers Fox et Franz Josef étant, paraît-il, très beaux et visibles depuis la route) est une grosse déception. C’est en grande partie la faute de la météo. Après la tempête qui me gâche le plaisir de conduire pendant près d’une heure, elle fait s’accrocher aux versants de montagne d’épais nuages qui me masquent toute la vue. Je n’aperçois pas l’ombre d’une langue de glace. Je fais somme toute une balade autour du lac Matheson, connu pour son sublime reflet du Mont Cook, qui ce jour-là ne reflète rien du tout. Le soir, je dors à Franz Josef, dans un camping plutôt sympa, entouré de rainforest. Mais je n’aime pas l’atmosphère de la ville, ni de la région. Je me sens oppressée.

Beach of Punakaiki
New-Zealand
Road trip Wanaka Punakaiki
Plage de Punakaiki
Nouvelle- Zélande

Je la quitte en faisant un stop à la lagune d’Okarito, puis j’enchaîne des longueurs de route sans grand intérêt. J’ai décidé d’avancer jusqu’à Punakaiki, ayant repéré un free camp à l’entrée du village. À mesure que je m’en approche, le ciel s’élargit, la vue se dégage et les alentours redeviennent spectaculaires. Je roule séparée de l’océan par un mètre cinquante d’herbe verte et sauvage. À ma droite, une bordure de falaises blanches. Je trouve in-extremis une place au free camp, depuis lequel j’entends le râle des vagues. Elles semblent denses et nombreuses. Je lis dans mon van, il fait chaud. Mes chevilles et mes pieds sont un champ de bataille, ils me démangent horriblement.
Je vais prendre l’air sur la plage, poser une chaise sur le sable pour profiter de la fin du jour, lire encore. Je mange. Puis je retourne au bord de l’eau pour regarder le soleil disparaître, et les douces couleurs investir le paysage. L’écume blanche, le bleu de poudre, le coton des nuages ourlés de rose, la demi-lune suspendue dans ce ciel encore clair et gourmand. La vastitude de cet endroit ouvre un abîme en moi. J’y trouve un soulagement – celui de me sentir pouvoir respirer à nouveau -, de la mélancolie, de la fatigue, l’envie que tout s’arrête, puis l’instant d’après, ce pincement qui me fait dire que tout cela va me manquer. Je suis vide de pensées. 

Plage de Punakaiki
Sunset from the van
Road trip Wanaka Punakaiki

L’attrait principal de Punakaiki, ce sont les Pancake Rocks. Des formations de roches aplaties qui sortent de l’eau et ressemblent à des piles de pancakes. Un phénomène dû à l’érosion. Je fais la promenade découverte dans le matin, avant mon petit-déjeuner. Puis je me lance dans une balade repérée la veille. Elle serpente à l’intérieur des terres, le long d’un petit chemin de forêt des plus agréables. Il le sillon brun transparent, parfois turquoise foncé, d’une rivière cristalline en contrebas. Le tour complet me prend deux bonnes heures. Elles se soldent par un café et un scone au soleil, rituel oblige. Je dois ensuite rejoindre Murchinson. Ce n’est qu’une étape pratique pour couper le trajet en deux jusqu’à mon prochain point d’intérêt : le parc Abel Tasman.

Punakaiki - New-Zealand
Camping de Murchison
Nouvelle-Zélande
Road trip Wanaka Punakaiki

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Commentaires sur « “Nouvelle-Zélande : l’île du Sud en van #3” »

  1. Meaudre

    C’est une merveille de te lire, Marie, j’ai l’impression d’être partie en voyage avec toi, et, comme lorsque les histoires sont bien racontées et remplies de descriptions et de mille détails, les images se forment instantanément dans ma tête…avant même de voir tes photos !

    1. Marie Baum.

      Merci infiniment Laure 🙏🏻
      Tu ne peux pas me faire plus beau compliment en me disant que tu as l’impression d’être partie en voyage avec moi, c’est tout ce que je désire faire ressentir lorsque j’écris ! Et quand je photographie aussi 🙂

  2. Simoncini

    Magnifique !! Comme toujours, le texte, les photos j’adore 😘

    1. Marie Baum.

      Merci merci ❤️❤️❤️

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