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Nouvelle-Zélande : l’île du Sud en van #2
Itinéraire
Dunedin – Manapouri – Milford Sound – Queenstown
4 jours – 739km
Il y a quelque chose que je n’ai pas dit dans le précédent article. C’est qu’assise sur mon promontoire à regarder les vagues aller et venir sur la plage de Brighton, son gros rocher, le ciel violent, j’ai soudain eu la crainte de perdre ma capacité à m’émerveiller. À cause de la longueur du voyage. De la quantité de (belles) choses que j’expérimente. N’y a-t-il pas un moment où je vais atteindre un trop plein ?
Et puis est venu le matin du quatrième jour. J’ai mis un réveil pour assister au lever du soleil. Sur cette côte, à cet endroit du monde, je suis une des premières personnes de la planète à le voir apparaître. 8 février 2024. J’attends de longues minutes, dans une mordante fraîcheur. La fine brume de l’eau qui danse rend l’horizon vaporeux. Le ciel se dilue dans un dégradé de couleurs qui ne pourrait être fidèlement reproduit que par la finesse d’une main de peintre. Puis vient l’instant de la naissance. L’orange flamboyant qui émerge, éblouissant, d’une lenteur résolue. Quel moment.
Après m’être un peu réchauffée dans mon duvet et avoir avalé un petit-déjeuner, je remballe tout. Direction Dunedin. Les côtes dans la lumière du matin. Il y du vert, du doré, la vastitude de l’océan, une aura lumineuse qui murmure à l’oreille de mes passions. Pour tous ces matins magiques, oui, je peux endurer la solitude et l’inconfort. Et oui, bien sûr que je peux encore m’émerveiller.
Dunedin se révèle être une agréable surprise autant qu’une petite déception. Il y a d’importants travaux qui défigurent un carrefour sur deux, transformant le centre ville en bordel bruyant et métallique. Mon sens de l’esthétisme est un peu heurté par le manque d’uniformité, les belles bâtisses se trouvant noyées au milieu d’immeubles modernes et sans charme. Le tout sur fond de port industriel. Circulez, il n’y a rien à voir, pourrait-on se dire.
Mais pas si vite. Il y a quand même de quoi s’extasier, surtout pour les amateurs d’architecture gothique, d’ambiance victorienne à la Harry Potter et de détails art déco dignes d’un bon Wes Anderson. Ce n’est pas pour rien que Dunedin est souvent comparée à Edimbourg. Je passe donc une bonne partie de la matinée et du début d’après-midi à quadriller la ville, de la gare à l’université, en passant par les cathédrales et les maisons d’époque haut-perchées. Il fait une chaleur démentielle, je sue comme une bête. Mais j’apprécie la visite.


14h30. J’ai déjeuné, apprécié un dessert dans le très cute Corner Store Café, il est temps de se mettre en quête d’une douche. J’en ai repéré une sur le port. Je récupère le van, priant pour ne pas avoir d’amende. La place était gratuite pendant 60 minutes. Je suis restée 4h. Oupsi.
Punition divine pour cause de non respect des règles élémentaires de stationnement, ou juste aléa malheureux, le van tombe ENCORE en rade dans les allées du port. Une fois, deux fois, trois fois. Je n’insiste plus. Je contacte l’assistance. C’était peut-être le meilleur endroit pour que ça m’arrive, tout compte fait. Au moins à Dunedin il y a tout ce qu’il faut. Le gars m’indique leur garage partenaire, qui n’est qu’à deux kilomètres de là où je me situe. Je trouve quand même le moyen de caler deux fois sur le trajet pour m’y rendre. Mais j’arrive à bon port.
Une grosse bedaine en salopette noircie m’accueille, crâne rasé, quelques ratiches en moins, un accent à couper au couteau. Après un rapide examen, il me rassure sur le fait que le problème n’est pas très grave. Aucun risque que je pose le moteur au milieu de la pampa. Il va changer une pièce par acquit de conscience, et je pourrai repartir tranquille le lendemain midi, exactement comme prévu. J’apprécie son aide. Beaucoup.
Je peux donc retourner à Brighton pour la fin de journée et la nuit. Le soleil brille toujours. Je trouve une place au free camp qui était complet la veille, et cela me ravit. Tout comme je préfère faire des boucles plutôt que de revenir sur mes pas, je préfère pouvoir tester plusieurs endroits plutôt qu’un seul. Et n’ai-je pas en plus le bonheur de trouver une douche extérieure derrière le bâtiment des toilettes ? Joie !
J’aurais voulu me balader un peu sur la plage mais le vent souffle trop fort. Je reste tranquille dans le van, je fais cuire mes raviolis en faisant paravent avec ma table de camping et j’ai les pieds froids.



On est le cinquième jour, et j’ai vu le soleil se lever deux fois ce matin. Une première fois sortant de l’eau, son disque net cramoisi se faisant déjà happer par un long nuage gris et plat alors qu’il n’avait pas totalement émergé de la surface. Puis une seconde fois lorsqu’il s’est extirpé du nuage, plus rapide et radieux que jamais, sa splendeur couleur trésor d’Aladdin. J’étais absolument seule. Les étendues, à des kilomètres, étaient lisses et immobiles. Le sable comme une fine flaque, reflétant les envols de mouettes et le faible éclat du ciel pastel. L’air était glacé. C’était l’heure bleue du matin.
Après avoir traîné dans un café – The Standard Kitchen – et fait quelques courses le temps que mon véhicule soit remis d’aplomb, je repars comme prévu à l’heure du déjeuner. Destination du jour : Manapouri. Ce sera le camp de base pour la nuit, avant de filer demain vers le fameux Milford Sound.
Les deux premières heures de route sont une extase continue. J’ai le sentiment de rouler à travers une photo argentique. Il est 13h, mais la lumière est délavée, douce, donnant aux collines, aux prairies, aux maisons, aux animaux des teintes surannées. C’est joli, apaisant, tout en rondeur, en courbes qui se répondent et s’enlacent. Les verts, les oranges, les jaunes blé, le bleu du ciel et les moutons qui tachètent le décor s’alternent dans une parfaite harmonie. J’ai voulu prendre des photos, à chaque fois le bon angle était déjà passé. Mais rien n’aurait pu rendre justice à cette subtile atmosphère. Elle restera sur ma rétine.


La petite bourgade de Manapouri se déploie au bord d’un lac. Il y a deux campings au choix – pas de free camp dans le coin. Celui que j’ai choisi est caché sur les berges, à flanc de forêt. Mon emplacement est pour le moins paisible, à l’orée des arbres. Pas mal de petits moucherons qui m’assaillent quand je sors. Ce n’est que plus tard que je comprendrai que ce sont ces horreurs de sandflies…
Mes cheveux, qui n’ont pas vu de shampooing depuis une semaine, sont les plus heureux de la longue douche chaude que je m’offre. Puis mon palais, que je régale de courgettes à l’ail et aux tomates cerises, profitant du luxe d’une vraie cuisine. Je vais au bord de l’eau pour voir mourir le jour.


Je m’éveille sous des trombes d’eau. Premier jour de pluie depuis le début de ce road trip. Apparemment ça ne va pas durer. Et il paraît de toute manière que les fjords sont plus beaux à voir quand il pleut, ou qu’il a plu peu de temps avant. Il semblerait que la chance continue de faire chemin avec moi hihi.
Suivant les conseils avisés des guides de voyage que je potasse, je me suis volontairement laissé du temps pour emprunter la Milford Highway – longue et unique route qui abouti au fjord. Il y a des choses à voir tout du long : points de vue, balades, lacs, cascades… J’ai présélectionné quelques spots, mais en vérité il faudrait des jours pour tout faire. À peine ai-je quitté le bourg de Te Anau que déjà je me range sur le bas côté pour immortaliser les plaines. Je filme à travers le pare-brise, je lâche des putains, je souris devant l’indécence de ma veine : le soleil qui déchire par intermittence le ciel bouché fait sécher la route dans des volutes de fumée pâle qui viennent accrocher les arbres au-dessus du bitume scintillant.



Je ne visite rien de ce que j’avais noté, mais peu importe. Tout ce que j’ai vu d’autre m’a suffisamment subjugué. Il faut dire que cette route concentre une diversité de paysages assez hors du commun. Et plus on s’approche de la destination, plus les environs se font drama. Les arbres d’un obscur vert, les parois de roche d’une vertigineuse verticalité, les vallées d’une angoissante profondeur, les lacs sombres d’une inquiétante immobilité. J’adore.
Le ciel n’est pas parfaitement dégagé lorsque nous embarquons pour la croisière sur le fjord, mais le soleil est là et nous réchauffe un peu. On a vu des otaries, un rapace voler au ras de l’eau, un banc de martins pêcheurs nous suivre au milieu des bouillons d’écume. Pour le reste, les images parlent mieux que les mots.






La route du retour dans la lumière du soir m’offre autant de bonheur que celle de l’aller. Il y a des images qui resteront à jamais gravées dans le rétroviseur.


Je passe une seconde nuit à Manapouri, dans l’autre camping du village. Il fait un froid d’enfer. J’enroule ma polaire autour de mes pieds à l’intérieur du duvet, et je m’enferme entièrement dedans, et même malgré ça on ne peut pas dire que ce soit la panacée. Et puis le venin des sandflies a eu le temps de bien infiltrer mes chevilles et mes pieds, ça me démange tellement, j’ai envie de crever. Je me console le matin venu avec des tartines toastées au peanut butter – les grille-pains et la douche étant les deux intérêts majeurs de dormir en camping payant.
Je prends la route pour Queenstown. Elle est sans intérêt jusqu’à Mossburn, sympa de Mossburn à Kingston et à partir de Kingston… Pure beauté. On atteint les rives de l’immense lac Wakatipu, qui s’étire et serpente entre les montagnes, bleu profond et éclatant d’une humble tranquillité. Je ne m’arrête pas trop, je profite juste d’être là. Vitres ouvertes, musique, chaleur.
On m’avait beaucoup répété que Queenstown, c’était Chamonix en Nouvelle-Zélande. Je m’y rends donc avec une certaine curiosité, et pas mal d’attentes. D’abord, je fais comme tout le monde, je vais me prendre un burger chez Ferg, pour le manger sur le muret face au lac. Je le dis, malgré la queue immense qui campe en permanence le trottoir devant cette institution locale, le burger est surcoté. Mais outre ça, et le fait que je me fais piquer un de mes onions rings par une mouette alors que je m’apprête à le mettre dans ma bouche, je donnerais quand même une note de 9/10 à ce moment. L’ambiance et la vue sont démentes.


Suite de la journée : je mange une glace, je déambule, je m’assois dans l’herbe avec mon livre, je fais la vraie touriste sans programme et sans but – en même temps, je n’en ai pas. Voilà quelques heures que je suis là et j’en conviens, il y a beaucoup de similitudes avec Chamonix. C’est rigolo. Mais Chamonix est quand même mieux héhé.
Plusieurs personnes rencontrées à Wellington sont maintenant à Queenstown, ou au moins de passage, comme moi. C’est le cas d’A., une française qui avait préparé une frangipane à l’auberge, et qui m’avait laissé son surplus d’ingrédients pour que j’en fasse une après son départ (ou comment faire vivre et perdurer les clichés sur les français et la gastronomie). Elle voit sur Instagram que je suis à QT, elle m’écrit, on se retrouve une heure plus tard.
La fin d’après-midi s’étire dans une jolie lumière, entre nos discussions et le ballet des promeneurs qui vont et viennent, des parapentistes qui amusent le ciel et des mouettes qui volent frénétiquement au-dessus des bateaux. Il y a aussi un arbre magnifique. De tout ce qu’il y a ici, c’est peut-être lui que je préfère.

[Pour lire l’épisode précédent de l’aventure en van sur l’île du Sud de Nouvelle-Zélande, c’est par là ! Et pour lire l’épisode suivant, c’est par ici !]
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