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Sydney – Melbourne sur la banquette arrière #1
Difficile de croire que je quitte déjà Sydney. J’ai l’impression d’être arrivée hier, et en plus il fait beau. Je resterais bien encore un peu profiter de cette ambiance de fin d’été dans les parcs, sur les plages, dans les rues ensoleillées.
À la place, je suis dans le train pour retourner à l’aéroport récupérer ma voiture de loc. Après les (légères) déconvenues de la Nouvelle-Zélande (entre la Toyota avec ses trous dans les sièges et plus de 300 000km au compteur, et le van sans rideaux qui broute), je me demande à quelle sauce je vais être mangée. Quelle n’est donc pas ma joie de prendre possession d’une jolie petite MG équipée du bluetooth, d’une caméra de recul, et même d’un support aimanté pour l’iPhone. Je crois rêver !
Avant toute chose bien sûr, je connecte le téléphone. Ce son, mais ce son ! Je vais enfin pouvoir recommencer à écouter ma musique très fort. Et à chanter affreusement (non je déconne, je chante super bien). Je prends la route direction les Blue Mountains.
N’ayant qu’une demi-journée à y consacrer, je vais directement à Katoomba, d’où l’on peut apercevoir les bien connues Three Sisters. Avec son ambiance poussiéreuse, la ville ne revêt pas un intérêt démentiel. Mais elle abrite le café Tempus, petit bijou qui a eu l’amabilité de me prendre à 13h57 alors qu’ils fermaient à 14h. Et c’était un ré-gal.


Une fois sur le belvédère qui surplombe les Blue Mountains, je dois bien reconnaître que la vue est à couper le souffle. J’avais vu des photos, mais le sentiment de vastitude, les vallons vaporeux d’un vert irisé de bleu sombre ne peuvent s’éprouver que lorsqu’on les contemple. De là, un chemin serpente à flanc de montagne jusqu’aux chutes de Katoomba. Je m’y balade, tous les sens en alerte au cas où une mygale se laisserait tomber d’une branche à mon passage. Ça n’a absolument aucun sens, la plupart des animaux dégueulasses se trouvant dans le Bush, mais ma paranoïa n’a pas de limite. Je suis en PLS juste de savoir qu’ils existent sur ce territoire.

Après un rapide stop à Leura, petit village bien plus chouette que son voisin Katoom, je reprends la route en direction de la côte. Je pensais dormir dans les Blue Mountains, mais l’ambiance ne m’emballe pas. Comme il est encore tôt, j’ai le temps d’avancer. Je vais jusqu’à Wollongong, trouve le parking du phare et m’établis là pour dîner. Apparemment je ne suis pas la seule à être venue admirer le ciel gris prendre feu à l’horizon. Il y a des groupes assis dans l’herbe, assis dans les coffres ouverts de voiture. Il y a même un rat.
Je me gave de rice crackers et d’une salade toute faite de Woolworths en regardant les grandes vagues turquoise grisé venir amuser les derniers baigneurs courageux. La nuit tombe, je me retire dans mes appartements. Je m’installe sur le siège passager avec mon carnet, ma petite lampe et de la musique. Il est pas 21h, la soirée va être longue.
Autour de moi le ballet ne s’arrête pas : les voitures vont et viennent, je ne sais pas ce que les gens font exactement, ils écoutent la mer dans le noir, achètent de la drogue, peut-être. J’essaye de les observer et de deviner lesquels ont l’air d’être installés pour la nuit. Parce que moi, je vais passer la nuit là. Et j’aimerais bien que d’autres aussi. Ce n’est pas que j’aie particulièrement peur, mais je ne suis pas sereine. J’ai l’impression d’être dans l’illégalité. Alors que bon, personne n’a jamais dit qu’il était interdit de dormir sur sa banquette arrière.


Le parking s’est bien vidé, il n’y a plus que moi. Je suis passée de la banquette au siège avant rabattu au max. C’est pas pire mais c’est pas la panacée non plus. Je repasse derrière. Il est 2h, ou peut-être 3h. Je finis par trouver le sommeil, mais pas besoin de préciser que c’est pas la nuit du siècle. En plus de ça j’ai réglé le réveil à 6h parce que je pensais qu’après le parking devenait payant, alors que pas du tout. Au moins, je suis debout pour le lever du soleil à la pointe du phare, et ça, ça console de tout.
Je roule jusqu’à Bombo Headland pour le petit déjeuner. Le soleil brille. Je m’installe face à la mer, seule, avec des brioches au chocolat, une banane et du thé à la menthe froid. La vie.
À quelques encablures à pied se trouve donc le fameux site géologique de Bombo Headland, déployant ses formations rocheuses verticales, comme si on avait créé un cirque avec des kapla. L’océan jette ses plaques d’écume contre les hautes parois sombres. Il y a du vent qui agite les grandes herbes. Et c’est tout. C’est brut, beau.

Je pars pour Jervis Bay, et à mesure que je roule, le temps s’assombrit dangereusement. Et je n’ai même pas les jolis abords de route Néo-Zélandais pour compenser la tristesse du ciel. C’est d’autant plus dommage que même malgré le gris de plomb qui s’est coulé jusqu’à l’horizon, la couleur de l’eau dans la baie reste d’un bleu irréel, d’un cristal sublime, le sable d’une blancheur éblouissante. J’avais bien prévu de passer un bout de la journée ici, mais si je ne peux pas jouer à être dans les Caraïbes, ça ne sert à rien.
Mon étape suivante est la plage de Pebbly, où parait-il on peut apercevoir des kangourous en liberté. Excitation x1000. La route pour y accéder est bordée d’une forêt de grands eucalyptus aux troncs fins et clairs, laissant filtrer la douce lumière du soleil qui est en train de revenir (tiens donc). Pas dérangée par le monde, je m’arrête en plein milieu pour immortaliser l’atmosphère paisible, la géométrie organique de ce morceau de nature.

Je n’ai pas fait 50 mètres depuis le parking que j’aperçois trois kangourous nonchalamment allongés à l’ombre. Juste à gauche du chemin. Je suis exaltée comme une gamine. Il ont des yeux ourlés de noir, avec de grands cils, ils ont l’air tranquille. Près d’un arbre un peu plus loin, il y en a pas moins d’une dizaine. Certains mangent, d’autres se grattent avec une gestuelle presque humaine, j’attends le moment où l’un va se mettre à sauter. Ma patience est récompensée quelques minutes plus tard.
À part une jeune américaine qui comme moi voyage seule, personne n’est là pour troubler mon tête à tête avec ces créatures autochtones.


Je ne suis pas du genre à faire les choses pour cocher des cases (bien que je sois du genre à avoir une to-do list de vie) mais avoir vu des kangourous en liberté, c’est quand même un truc que je suis plus qu’heureuse d’avoir ajouté au palmarès de mes expériences.
Quand je m’arrête à Batemans Bay un peu plus tard, réputé pour être un charmant village de pêcheur, je constate que nous n’avons définitivement pas la même définition de charmant. Je crois que l’Europe me manque, parfois (ok, souvent). Ça ne m’empêche pas de me lancer dans une âpre recherche du meilleur fish and chips de la bourgade, sous un ciel redevenu gris et dans un vent frais sorti de je ne sais où.
Je pense l’avoir trouvé, chez Innes Boatshed.
Sur le trajet en direction de Bermagui, qui est censé être mon étape pour la nuit, je m’arrête sur la plage de Narooma. Ses roches déchirées, orangées. La mer violente, encore.

À partir de là, la route devient pittoresque, sinueuse, traversant des vallons reposant dans une ombre bleutée, des forêts, enjambant des lacs scintillants. J’arrive à Bermagui, l’endroit me plaît d’emblée. Il y règne une douceur inexplicable, mais peut-être n’est-ce que l’angle du soleil qui amorce son repos vers l’horizon, heureux de disparaître en déroulant derrière lui son voile topaze. Des gens se baignent dans la petite baie en arc de cercle. Je reste un moment à les regarder. Je songe à prendre un emplacement au camping du coin. Tant pis pour le budget, au moins je pourrai me baigner aussi, et profiter d’une bonne douche ensuite.
Le camping est complet.
Mon dilemme est donc réglé, ce qui ne m’empêche pas de continuer à tergiverser. Pour la forme. Je sais que je vais devoir quitter Bermagui. Mais avant, il me reste une chose à voir : les Blue Pools.
Je grimpe en haut d’une colline, descends la route, me gare, emprunte quelques marches, et là… Là je ne sais plus quoi dire, je l’avoue. Je n’ai jamais rien vu de pareil. Un eau si lisse, des dégradés de bleu si intenses, des roches si belles et agressives, une communion si parfaite entre le mouvement et l’immobilité, entre la fébrilité de l’océan et l’étendue placide des bassins.



Passé le moment de stupéfaction devant la beauté fabuleuse de ce décor, je remonte fissa chercher mon maillot. L’eau est froide, je dois m’y reprendre à deux fois pour faire entrer mon corps entier dans le bassin. Mais hors de question de repartir sans avoir nagé dans cet eden.
En prime, je m’offre le luxe d’une vraie douche. Froide et en extérieur, mais c’est toujours mieux que les lingettes, hein.
J’ai décidé de pousser jusqu’à Merimbula pour la nuit. Au cas où je ne l’avais pas déjà assez entendu, les distances dans ce pays sont titanesques. Donc une demi-heure gagnée sur l’itinéraire du lendemain, c’est toujours ça. Et je ne regrette pas mon choix. Premièrement parce que la route traverse le Mimosa National Park, et qu’à l’heure du coucher du soleil, l’astre embrase la forêt d’une aura orangée merveilleuse. Je roule lentement, les vitres ouvertes. Je l’aperçois par intermittence entre les branches et les troncs, rougeoyer comme une braise incandescente. Ensuite parce que la petite ville de Merimbula est elle aussi accueillante et agréable au premier regard.

Je mange au bord de l’eau (une salade Woolworths, tiens !), me balade dans les rues calmes, repérant les boutiques et cafés que je reviendrai visiter le lendemain, et termine cette riche journée par un petit verre de Riesling frais, que je sirote au comptoir de Bar Superette, un bar à vin cosy ambiance bougies et bonne musique.

Je change deux fois d’endroit avant de trouver LE bon spot où m’établir pour la nuit. Pas compliqué : le petit parking au bord de la marina. Je suis moins fébrile que la veille. Le quartier est paisible, il y a même un van à quelques places de moi. Je peux dormir tranquille.
[Pour lire la suite de l’aventure entre Sydney et Melbourne, c’est par là !]
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